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Actualités

6ème dimanche de Pâques

Tous, nous exerçons des responsabilités ; peut-être même avons-nous créé une œuvre, une entreprise, une association… pour servir une cause. Quand on a lancé quelque chose, quand on a une responsabilité, il n’est jamais facile de la laisser à un autre, on pense trop facilement qu’un autre n’y arrivera pas…

Jésus est venu sur terre pour commencer quelque chose avec les hommes… ce qu’il voulait, c’est que les hommes vivent d’amour, comme lui, comme son Père. Mais voilà, il sent sa fin prochaine, l’hostilité monte contre lui, il sent qu’on va le supprimer ; il va devoir laisser ses amis, seuls, pour continuer…alors, il les rassure : « je ne vous laisse pas orphelins » … Je reviens…vous me verrez vivant… et vous vivrez aussi… de toutes façons, je ne vous laisse pas seuls, je vous envoie un défenseur : l’Esprit de Vérité.

Ces considérations peuvent nous sembler abstraites. Et pourtant, elles nous rejoignent dans ce sentiment d’abandon ou de solitude qui peut nous habiter face aux épreuves, aux questionnements dans la vie ou à la sécheresse dans la prière. C’est bien à ce type de réalités que Jésus fait allusion quand il assure les disciples de la présence de l’Esprit comme maître intérieur.

Il ne s’agit pas seulement de vivre et agir dans l’esprit de … ou à la ressemblance de Jésus comme fondateur : que ferait-il dans ma situation, devant mon problème ? ou devant tel problème de société ?… Il ne s’agit pas seulement d’un esprit, comme d’une valeur, d’une référence qui doit animer aujourd’hui ses fidèles…. Il s’agit de l’Esprit, d’une présence réelle que nous ne pouvons percevoir que dans la foi et la prière.

Cet Esprit, ce Défenseur, cet Avocat… c’est Dieu en personne, un visage de Dieu qui nous est donné dans le baptême…nous ne sommes pas des orphelins, mais des fils et il s’agit de rester fidèle à Lui. Il est l’Actualité de la présence de Dieu, de la Parole de Dieu dans l’aujourd’hui …

N’oublions pas que le plus souvent, c’est à ses traces, à ses fruits que nous Le reconnaitrons : Il nous élève, Il nous tire toujours « par le haut », Il est exigence mais aussi libération et épanouissement humain et spirituel (c’est tout un). Alors nous Le reconnaîtrons à ses fruits : joie, ferveur, dilatation du cœur, passion, élargissement de notre horizon, paix intérieure …

Je me risque d’un exemple : depuis 2 mois, le dimanche, beaucoup suivent la messe à la télé, le jour du Seigneur par exemple. Au million de « pratiquants » habituels : malades, personnes isolées, gens du seuil… un autre million, nous, a été accueilli avec bienveillance, sans masque ! studio-chapelle simple mais beau, fraîcheur de style, un autel d’humilité, de pauvreté de sincérité. On n’avait pas le sentiment d’assister à la fin d’un monde mais plutôt à l’aube de temps nouveaux. Nous étions près du cœur du Seigneur…un monde ancien a sans doute vacillé ; un christianisme renouvelé peut advenir…

J.B.

5ème dimanche de Pâques

3 lectures = 3 mots clés

1ère : ( Actes, 6, 1-7) institution des « diacres »

La croissance de l’Eglise naissante est rapide. Les apôtres sont investis au maximum dans leur mission d’annonce et de fondation. Ils se donnent complètement au « service de la Parole ». On dit que pour se décharger de la charge matérielle de distribuer les vivres et les secours, ils instituent des fonctions nouvelles pour se décharger des tâches matérielles… ce qui sera le diaconat. Vrai et faux ! le « service de la Parole » se doublait du service du « Partage » des dons mis en commun. Inversement, le service matériel sert aussi l’annonce de la foi !ne l’oublions pas ! Il y avait une majorité de croyants parlant hébreux, araméen, et une minorité, venue d’autres régions, parlant plutôt le grec… et c’est là que des incompréhensions, voire des jalousies se faisaient jour… l’institution de ces nouveaux acteurs de la communauté (notons la créativité dès le début de l’Église) est plutôt une attention aux minorités et à la communion. Il me semble que cela éclaire bien le ministère des diacres aujourd’hui encore.

2ème : (1Pierre 2, 4-9) Jésus pierre d’angle ; nous, pierres vivantes

La pierre d’angle, c’est la grosse pierre qui était posée en premier dans un coin de la construction et qui servait de mire pour élever les murs… cela correspond bien à l’image que nous avons de Jésus, base de la foi et de la communauté croyante. Base de la foi, car il est la parole du Père, le visage humain de Dieu, la concrétisation de son Amour. Et nous, nous avons mission d’être les pierres vivantes de son temple vivant, d’être les éléments constitutifs de la communauté qui va poursuivre sa mission de révéler l’amour de Dieu… si la construction d’une maison s’achève un jour, la construction du corps du Christ est toujours en chantier…

Évangile : (Jean 14, 1-12) « je suis le chemin, la vérité, la Vie »

Expression parlante, souvent reprise aux sépultures, pour dire le sens de notre vie… C’est un chemin : on bouge, on se déplace, on évolue… Jésus est Vérité ; la Vérité n’est donc pas une définition, un article du droit canon… une chose morte, mais une personne vivante, le Christ, lui-même révélateur de Dieu. Il est la vie, la Vie, pleine et entière parce qu’héritée de Dieu source de toute vie. Notre vie sur terre est notre apprentissage de la vie selon le cœur de Dieu. Alors varions les mots : « Je suis le vrai chemin vers la Vie », ou « je suis le chemin vers la vraie Vie « , ou « la vie est chemin vers la vérité en Dieu »… tout cela est juste !

Demain, nous « déconfinons » ! Quel retour vers l’essentiel avons-nous expérimenté depuis 2 mois, dans cette expérience unique de nos vies ? Quelle vérité ai-je redécouvert sur moi-même, sur les autres et sur Dieu ? quel chemin nouveau vais-je emprunter ? quelle vie ai-je envie de vivre ? l’essentiel de ma foi dépasse le rassemblement et les rites, même s’ils sont essentiels… le jeûne eucharistique vécu 2 mois, mais chez d’autres des années entières, nous renvoie à l’essence même de l’eucharistie : service de Dieu dans l’action de grâces-merci et le service du frère. Il nous faut « déconfiner Dieu»* qui n’habite pas d’abord dans nos bâtiments, les plus beaux soit-il

Selon le mot d’Isabelle de Gaulmyn, la Croix du 2-3 mai 2020

« JE SUIS LA PORTE DES BREBIS »

La porte de notre maison, c’est un lieu bien symbolique… Encore quelques jours avant de pouvoir la franchir sans « attestation dérogatoire » … Une porte, c’est à la fois une ouverture et une clôture… tantôt l’une, tantôt l’autre ; à la fois lieu s’ouverture et de sortie, et à la fois lieu de protection de d’intimité…

Et voilà que Jésus, s’appuyant sur la réalité de la vie pastorale, celle du pasteur, du berger et des brebis, Jésus s’adresse aux pharisiens qui ne comprennent pas ce qui leur est reproché ! il ne suffit pas de se définir comme docteur de la Loi, ou fidèle praticien des rites pour donner le passage vers le pâturage ou l’enclos, matin et soir. On peut être gardien à double sens : pour en profiter et se servir ou pour servir et donner la vie…

Finalement, Jésus cumule les 2 images : il est à la fois le berger, le bon berger et à la fois la Porte, le passage… Il est le berger : les brebis connaissent le son de sa voix et se sentent en sécurité avec lui. Il est la Porte qui permet d’aller et de venir entre nourriture, le jour, et sécurité, la nuit. Et Jésus de conclure : « je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance ».

Est-ce que nos portes de maisons sont des ouvertures au service de la vie ? est-ce que les portes de nos églises que, de ce temps, nous ne pouvons franchir qu’individuellement nous sont des passages entre vie donnée et vie reçue ? est-ce que ce manque durable de franchir ces portes ensemble vont approfondir notre compréhension du Sacrement ?

Notre aspiration à retrouver une vie communautaire ne relève pas seulement d’un besoin affectif de fraternité concrète. C’est très honorable, mais insuffisant. L’assemblée est Corps du Christ et le corps du Christ est assemblée… notre assemblée est réalisation sacramentelle de la présence du Christ. Les frères rassemblés dans la foi me sont donnés pour être l’instrument de la présence de Dieu. Même si je peux, et je le dois, prier Dieu personnellement, entretenir mon union intime à Lui, Dieu se donne à moi aussi par le sacrement de l’assemblée et les sacrements de la vie chrétienne. Nous sommes de chair et de sang, nous avons besoin de cette perception communautaire pour recevoir la présence du Christ ?

Enfin, on dit que notre messe est un « mémorial », pas une quelconque commémoration même symbolique, mais réellement une porte du ciel, une porte qui nous fait rejoindre et participer réellement à la mort et à la résurrection du Christ, Lui qui offre sa vie pour nous, tel le bon berger. Quand nous aurons la joie, bientôt, de célébrer ensemble la Vie donnée et reçue, retrouvons pleine conscience de cette richesse sacramentelle.

En attendant Pentecôte, le 31 mai, nous sommes comme les apôtres : au Cénacle, la porte s’ouvrira… Et c’est le vent de L’esprit qui fera toute choses nouvelles.

Abbé Jean BORDERON

« Nous avons pu être attirés par la religion, le sérieux de ses cérémonies, la qualité de sa morale, l’amitié de chrétiens solides, mais tant que nous n’avons pas buté sur la personne de Jésus, nous sommes à côté de l’essentiel. Nous n’avons pas trouvé la porte ! »

Père Denis Sonet, décédé en 2015.

les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35)

Cette page d’évangile « les disciples d’Emmaüs » est l’une de mes 3 pages préférées de l’Évangile. C’est une véritable catéchèse de la foi, de la messe, de la vie chrétienne. J’y vois comme 3 partages.

  1. Partage de chemin. Ce compagnonnage c’est celui du Christ envers les 2 disciples, c’est aussi le mien dans le quotidien de ma vie, dans ma mission. Rejoindre et se laisser rejoindre… je suis tour à tour dans ces 2 positions. C’est l’écoute, le partage des soucis, des questions, des joies et des souffrances, parfois d’une révolte…Parfois, il me semble être seul face à moi-même, à porter une souffrance, une inquiétude, une épreuve… le confinement que nous vivons peut nous le faire ressentir davantage. La solitude n’est jamais de bon conseil, dit la sagesse populaire. Même s’il me revient bien de décider ce que je dois être ou faire, la relation explicite ou non à d’autres reste nécessaire et équilibrante ; ressentir la présence du Christ aussi… et nourrir cette relation
  2. Partage de parole : quel extraordinaire partage de parole de Bible ici au cours duquel le « Verbe de Vie » s’explique et se révèle ! Sans doute, nous n’avons pas le sentiment d’avoir eu l’expérience d’une telle révélation ; quoique ! quand dans une équipe de caté ou de liturgie, dans une équipe de mouvement ou de formation…, on partage au niveau de sa foi, on partage l’histoire de sa foi… ça aboutit à des prises de conscience similaires… j’ai besoin d’une équipe de partage pour m’exprimer, être écouté, relire le vécu ; et puis j’ai à jouer le même rôle pour les autres au même niveau… je trouve que dans notre Eglise, cette richesse se perd, et c’est bien dommage ! même si un certain « retour » sur l’importance de la Parole se dessine et se vit
  3. Partage de pain : il a suffi d’une invitation à rester, et, au signe du pain partagé, ils le « reconnaissent », c’est-à-dire ils ont une « nouvelle connaissance » du Christ… Cet inconnu, c’est le Christ. Même s’il disparait à leurs yeux, ils ne peuvent en rester là… Malgré la peur de la nuit, ils courent pour partager la Bonne Nouvelle aux autres. Leurs yeux s’ouvrent quand le pain est rompu, donné, mangé. Cette présence bien « réelle » mais fugace (quand le pain est consommé, il n’y a plus rien à voir) ouvre les yeux sur leur fragilité, leur pauvreté mais donne la force de la vivre. Nous venons à la messe parce que nous croyons, certes, mais également pour croire. L’Eucharistie nous associe à la Résurrection. Il nous reste à vivre en ressuscité.

Dernier partage : L’un des deux disciples s’appelait Cléophas ! et l’autre ? comment s’appelle-t-il ? et si c’était moi !

VOUS SOUHAITEZ CONTINUER À SOUTENIR VOTRE PAROISSE ?

Une proposition :

Mettez de côté chaque dimanche, à la maison, ce que vous auriez versé à LA QUÊTE pour le remettre à votre paroisse à la sortie du confinement. Par avance MERCI pour votre générosité.

2° dimanche de Pâques

Ah, ce brave St Thomas ! il revient facilement dans nos conversations : « Moi, je suis comme St Thomas, je ne crois que ce que je vois ! » mais c’est un peu raccourci ! c’est bien mal connaître l’évangile puisque, au contraire, St Thomas a cru l’invisible. En voyant Jésus ressuscité, il a bel et bien reconnu qu’Il était Dieu, en 2 temps, certes, mais réellement. Si Thomas n’était pas présent le premier dimanche, ce n’est pas qu’il soit un mauvais disciple : les autres s’étaient confinés par peur des juifs ! Il n’avait pas eu peur de sortir comme il n’avait pas eu peur la veille des rameaux en encourageant les onze autres à monter à Jérusalem avec Jésus (Jn11, 16). Thomas n’avait pas peur, donc, mais il n’avait pas accueilli la parole de ses frères… ce n’est pas pareil !!!

De plus, il ne suffit donc pas de voir pour croire ! après tout, les gardes du tombeau de Jésus eux aussi ont vu l’ange annonçant Jésus ressuscité, et ils sont même allés le raconter à leurs chefs. Mais ils ne sont pas devenus croyants pour autant ; ils ne sont pas devenus disciples de Jésus.

Être comme St Thomas, c’est accueillir une révélation, une expérience de foi qui est possible à cause d’une relation antérieure. Être comme saint Thomas, c’est aller plus loin que les apparences, entrevoir l’invisible au-delà du visible, et se mettre soi-même au service de cette découverte…

Thomas est devenu notre jumeau (didyme) ; il fait la charnière entre ceux qui ont cru parce qu’ils ont vu, et les générations de ceux qui croient en Lui en recevant ce témoignage, génération après génération.

La démarche de Thomas nous pousse à aller au-delà de nos doutes. La foi, l’adhésion n’est jamais aussi forte qu’au sortir du doute, d’une épreuve, et que la proximité d’un frère et de l’Esprit nous a conduit à cet élan qui change tout. Confinés en ces semaines, recueillons tous les témoignages de vie qui témoignent que l’amour du frère et de Dieu habite vraiment le cœur de beaucoup d’hommes., et témoignent de la victoire de la Résurrection. Ce qui a aidé Thomas à croire, c’est la vue des plaies… signes de la vie donnée du Christ. Ce qui peut aider à la foi, c’est la vue des « marques d’amour, des plaies d’amour » de nos frères aujourd’hui.

Abbé Jean BORDERON

10 454 « Thomas » sont nés en France en l’an 2000, année record. (Aujourd’hui guère plus de 1000)…

UNE PÂQUE EN SORTIE…

CHRIST est vivant, il est SORTI du tombeau, libre et vainqueur ALLELUIA

Je ne sais pas trop pourquoi, sans doute parce qu’on parle un peu d’une « sortie de confinement », j’entends le mot de « Pâques » résonner avec « sortie »

Oui, le peuple Hébreu était sorti d’Egypte, c’était déjà une pâque, un passage… comme Abraham, Noé et tant d’autres témoins bibliques étaient sortis, partis de chez eux en confiance à l’appel de Dieu

Oui, le Christ était sorti d’auprès du Père pour venir vivre notre vie (St Paul, Phil. 2, 6)

Oui, Jésus sortait souvent au petit matin pour aller prier son Père, pour aller au-devant des malades et des blessés de la vie

Oui, Jésus, après son dernier repas sortit de nuit avec ses disciples pour rejoindre le jardin

Oui, de son cœur transpercé, sortit du sang et de l’eau, figure de tous les sacrements

Oui, les apôtres sont sortis du Cénacle pour oser témoigner au jour de Pentecôte

Oui, le pape François nous parle souvent d’être des « chrétiens en sortie vers nos périphéries »…

et nous, nous attendons la sortie de ce confinement ; elle sera une libération, elle sera une autre vie, avec le bonheur de retrouver, de toucher les siens… avec un nouveau sens donné à notre vie.

Mais remarquons-le : toutes ces sorties sont comme données ; l’acteur principal de la sortie c’est l’Esprit Saint qui guide et oriente l’action… il libère des peurs et envoie au large. Si le désert, le confinement nous a permis d’être en cœur à cœur avec Dieu, si nous l’avons laissé venir vers nous, il nous donnera d’en sortir libre et vainqueur à sa ressemblance. Comme au baptême, où nous avons été relevés, ressuscités, sortis du mal pour être unis à Dieu.

Mais la sortie n’est pas terminée ! Aux femmes venues regarder le tombeau, le passé, comme pour le figer, à ces femmes, il est demandé d’aller le dire à Pierre et aux autres et de donner rendez-vous plus loin, en Galilée… carrefour des nations… soyez sans crainte, dit l’ange à ces femmes, c’est donc un message de réconfort, d’espérance. La mort est vaincue ; si notre monde est marqué de peur, d’exclusion, de violence c’est là que nous avons à porter et donner corps à la libération du Christ. Dès maintenant, vivons notre vie quotidienne dans l’Esprit du Christ, dans la bienveillance, l’entr’aide et le pardon. La sortie en Vie du Christ, comblera la nôtre.

ALLELUIA

Abbé Jean BORDERON

Samedi Saint

Pour les chrétiens, le samedi saint est jour de deuil, de ténèbres, d’attente, de vide … on ne peut y célébrer aucun sacrement… comme si tout était fini… vivons ce vide, cet entre-deux, cette attente… puisque nous savons, dans la foi, l’irruption prochaine de la Résurrection.

Dans notre confinement, nous vivons un long samedi saint. Dans le vide, sans rien ensemble. Notre foi n’est pas morte, mais elle est confinée à une expression personnelle ou familiale. Il est pourtant nécessaire qu’elle s’exprime, cette foi, dans des prières et dans des rites dont nous sommes momentanément privés.

Qu’est ce que Dieu peut vouloir nous dire par là ?

Si l’expression commune de la foi, si les rites vécus ensemble sont nécessaires et vitaux, la privation actuelle les recentre à leur place. Quelle est ma foi au-delà des rites ? quelle est foi sans intériorité ? quelle est ma vie chrétienne à l’épreuve de la solitude, telle que la vivent tant de croyants de par le monde, ou dans des moments d’épreuve vitale?

En ce temps confiné, j’apprécie au plus haut point les messes retransmises dans leur plus simple expression, dans leur nudité (le jour du Seigneur, pour ne pas le nommer) … ce n’est pas l’heure des rites fastueux, répétés comme si de rien n’était, comme d’habitude. Non, nous ne sommes pas comme d’habitude ! il nous faut une nourriture spirituelle « portable » et « intime ». Pauvre dans la forme et riche dans le fond. Ne nous cachons pas derrière des rites décalés, joués, mais laissons-nous déranger par la nudité d’une liturgie pour renouveler le cœur, l’intime de notre vie de foi…

Samedi saint : jour d’entre deux ! Confinement : période de purification spirituelle. Laissons-nous purifier par ce feu provisoire de l’insatisfaction et de l’intériorisation… au moins une fois dans notre vie !

Abbé Jean BORDERON

Passion de Jésus-Christ selon st Jean 18,1 à 19,42

MORT DU CHRIST – VIE DES HOMMES

Jésus venait de rentrer dans Jérusalem, acclamé par la foule. Ne venait-il pas de ressusciter Lazare ?

Jésus va à sa mort. Il sait son heure arrivée. Elle est dure cette Heure, mais inéluctable. Il y va librement. Il sait qu’Il risque sa peau pour que la vie jaillisse. S’Il ne meurt pas, il reste seul… comme la graine dont il avait parlé quelques jours avant (Jean12, 24-25). Si la graine ne se décompose pas, elle ne donnera rien. Sans cette désintégration, il n’y aura pas de récolte ! seule sa mort va permettre la venue du fruit. Elle est condition de vie, une vie qui prend sa source sur la Croix. (Élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12,32).

Mort féconde pour celui qui sait y voir non une fin, mais un commencement. Pour le Christ, et pour nous.

Jésus meurt pour que le monde ait la vie. Celui qui veut vivre de l’Evangile, ne peut pas, plus que son maître, échapper à cette mort : elle est un passage indispensable ; porter sa croix n’est donc pas une dévotion privée, quelque peu masochiste, mais bien une volonté d’abandonner la tranquillité de son moi ! Et vivre pour les autres. Accepter de se donner n’a de sens que si l’on accepte aussi de recevoir. Le sens de sa mort, le Christ l’a reçu de son Père qui ne l’a pas laissé seul, mais l’a relevé d’entre les morts. Par-là, sa mort est devenue source de vie. S’il faut se détacher de sa vie, se renoncer, ce n’est pas parce que le monde est mauvais, mais parce que nous acceptons de faire ce passage avec le Christ. Sa mort a transformé le monde. Elle n’aura de sens pour nous que si nous voulons recevoir d’elle le sens de notre vie, de toutes nos actions.

Vivre avec Lui sera refaire tous les jours ce passage, pour abandonner ce qu’il reste en nous comme puissance de mort, de destruction de nous-même ou de ceux qui nous entourent. Vivre avec Lui, ce sera essayer de découvrir dans les grands et les petits moments de notre existence ce qui appartient déjà à la nouveauté du Christ et qui nous ouvre au monde. Puissions-nous dire de nous, à notre mort, qu’on y aura lu un accomplissement, même balbutiant, d’une ouverture à la vie dans l’Autre.

POURQUOI SOUFFRIR ?

« C’est dans la souffrance que je prends le plus intimement conscience de mon humanité ». C’est peut-être aussi dans ce confinement que je prends le plus intiment conscience de ma fragilité, de ma faiblesse… devant la croix du Christ je peux ressentir et partager son sentiment d’abandon et de liberté. Il a vraiment vécu son incarnation, il a vraiment partagé notre condition humaine… Au cœur de ma fragilité ressentie, de mes dépendances reconnues, de mes faiblesses combattues, je m’associe à sa souffrance et à sa mort à moi-même, et je fais confiance à l’autre, à l’Autre. Avec Lui, je suis fait, par la grâce de Dieu, pour passer d’un monde à l’Autre. Non seulement les expériences de vie difficile ou souffrante peuvent me faire grandir en sagesse de vie, mais elles me donnent de pouvoir vivre la communion à mes frères, et à mon Frère, le Christ… jusque dans son mystérieux passage…

Abbé Jean BORDERON