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Paroisse Montfort sur Sèvre

Doyenné des Herbiers

QUEL EST CET HOMME ? QUI EST-IL ?

La page d’évangile de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem se conclut, en Matthieu (21, 1-11), par cette question saugrenue : QUEL EST CET HOMME ? QUI EST-IL ? une surprenante réponse sera donnée 6 chapitres plus loin par le centurion romain, un étranger, devant Jésus qui vient de mourir sur sa croix… allez voir ! (Mt 27,54)

Entre les deux, que se passe-t-il ? que vivons-nous ? nous sommes toujours travaillés, tiraillés par les 2 images du Christ – et de Dieu – qui sont ainsi mises en exergue. Est-il le messie, l’envoyé de Dieu venu remettre de l’ordre et la vérité sur terre ? ou n’est-il qu’un grand homme, soucieux des autres, qui a fait beaucoup de bien et qui mérite respect ? Humainement parlant, la réponse n’est pas claire ! il revient à chacun d’adhérer à l’une des réponses, de formuler la sienne, plutôt et … à en tirer les conséquences !

Dans la situation de confinement qui nous arrive, nous pouvons ressentir ce même dilemme ! — Dieu nous envoie-t-il cette épreuve pour nous alerter sur le Mal dans notre monde, dans nos vies, pour nous rappeler à l’ordre, pour nous convertir à de meilleurs modes de vie humaine et religieuse, pour nous remettre les idées en place ! faisons-lui confiance, il va refaire le monde !– ou bien, j’admire Jésus modèle de liberté, de générosité, de sacrifice et qui me pousserait, à mon tour, à me sacrifier pour soutenir les victimes de la situation qui prévaut… mais y a-t-il besoin de Jésus pour cela ?

On le voit bien, ces alternatives sont excessives ! Suivons la liberté du Christ, elle va loin ! en quelques jours il va vivre un accueil favorable à Jérusalem alors qu’il se sait menacé ; cela lui fait du bien… tout en reconnaissant que c’est le chemin biblique des prophètes peu confortable. Et on le voit s’enfoncer, ou plutôt être enfoncé dans une condamnation indue, une mise à mort cruelle jusque dans la conscience d’être abandonné de tous, et peut-être même de son Père ! quelle angoisse ?

Comme lui, avec lui, je peux connaitre aujourd’hui un sentiment de solitude, d’abandon, le mur du « pourquoi cela ? » sans réponse ! sentiment d’une épreuve non méritée, injuste. Dieu ne nous (m’) abandonne-t-il pas ? j’aimerais tant un dieu, un chef, qui nous sortirait « magiquement » de l’épreuve ! Dieu n’est vraiment pas le sauveur attendu et que les foules délaissent, trahissent.

Quel est donc cet homme qui se dit « fils de Dieu » et qui sur la croix, crie son abandon ? qu’est-ce donc ce prétendu messie que les anges ne viennent pas sauver ? il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ! voilà le mystère de l’Amour de Dieu… et notre foi est mise l’épreuve. Puis-je admettre que le projet de Salut de Dieu passe par cet « abandon », cette mort consentie ? la dernière et seule parole de Jésus (en st Matthieu) est d’abandon, dans ses 2 sens : Eli, Eli lama sabactani : le sentiment d’être seul, abandonné, perdu, et, en même temps, son abandon confiant dans les mains de son Père…

Le païen centurion va exprimer une foi spontanée et généreuse ; les disciples, eux, se sont enfuis… Quelle est ma réponse ? en paroles et en actes ? hier, aujourd’hui et demain ? on l’aura compris : si j’ai une réponse de foi, d’adhésion, elle va modifier, transformer ma vie pour rester uni à Lui. Ce sera un chemin de vie, une histoire d’Amour, une relation privilégiée, une vie qui ressemble à la sienne, et un abandon permanent dans la confiance au projet du Père, mais sans rien enlever à mon initiative pour conduire une vie responsable et généreuse dans le service du frère et du monde.

Que cette méditation du chemin de (fin de) vie du Christ me donne de m’abandonner dans les mains du Père. Ce passage permanent me fait passer de la mort à la Vie. C’est Pâques

Abbé Jean Borderon